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dimanche 17 juin 2012

EXIL : Robur et Tartignole, restaurateurs insaisissables, et corsaires de la tartine rissolée


Décrire cet équipage improbable est une gageure, tant il y a à dire et à deviner. Si lors de vos errances, vous apercevez un attroupement autour d'un ballon taxi garé de manière illicite, au beau milieu d'une place ou au bord d'une passerelle, et si alors flotte jusqu'à vous une odeur de cuisine, approchez vous et vous découvrirez le cuisinier le plus étrange qu'il m'ait été possible d'apprécier.
Oh, ce n'est pas Robur, ce manchot jovial, qui ne fait rien d'autre de ces 5 doigts que piloter son ballon ou déboucher des bouteilles de Marineux qu'il engloutit en riant. Lui n'est là, semble-t-il, que pour amuser la clientèle et tempérer parfois le bouillonnement créatif de son associé, Tartignole. Pas de carte ou de menu ici, à peine tendez vous quelques pièces, que Tartignole vous attrape le poignet, renifle vos doigts, les narines frémissantes, puis après avoir plongé ses grands yeux noirs dans votre regard, il regagne d'un bond le plan de travail, et commence une danse frénétique au milieu des ingrédients, non sans pousser parfois des piaillements festifs d'excitation. Il hache, étale et fait rissoler, il saupoudre, épice et file sous le comptoir dénicher les saveurs qui d'après lui, se marie le mieux à vos goûts et à votre humeur du moment. Je l'ai même vu déchirer d'un coup d'incisive l'abdomen d'un glork, afin de recouvrir de miellat une garniture de purée d'alba aux épices des anciens et de grandes tranches de fromage gris.
Enfin il sautille en couinant, jusqu'à ce que Robur enfourne la tranche de pain dans le fourneau du moteur à vapeur, et qu'il vous la ressorte fumante, et délicieusement rissolée.
Hum, aurais-je omis de mentionner que Tartignole est un fureuil ?
Robur n'est pas peu fier de son compagnon kargalien, aussi n'hésite-t-il pas à clamer: « Satisfait ou remboursé !! » Et, croyez moi si vous le voulez, on se fait très rarement rembourser.
Cet animal cuisinier n'est pas au goût de SANITATION, mais Robur est rusé, et à peine sent-il l'ombre de la queue du quart d'un problème, qu'il décolle et disparaît au milieu des poutrelles et des tuyères.

mercredi 13 juin 2012

EXIL : le Cirque Ascensionnel Kavol


Le Cirque Ascensionnel est un colossal assemblage de plateformes, reliées à des grappes de ballons. Il navigue autour d'Exil toute l'année, sauf quand le temps est trop venté...
S'arrimant ça et là, le cirque offre un spectacle assez exceptionnel, avec sa ménagerie, ses automates et ses danseuses du ventre.
L'aboyeur vante les mérites du voltigeur mécanique, du prince derviche de Forge, du magicien Rotomagor, des deux écuyers, père et fille, dansant un menuet endiablé sur le dos de leurs montures au galop, des équilibristes sur leur fil, du clown paillasse très flexible, d’une fillette virtuose de 40 mois qui joue de l'accordéon, d’un numéro de pyrotechnie où un nohodahak reste impassible au milieu d'illuminations superbes tandis que son cornac, un garçonnet asiatique en costume exotique, le gave de friandises, lové dans le creux d'un de ses tentacules…

mercredi 6 juin 2012

STAR MARX : les Gonklins

Les Glonkins sont une race de guerriers humanoïdes, plus grands et plus forts que les Humains. Une arête osseuse barre leur postérieur verticalement. Cette arête est la marque génétique de l'espèce, mais malheureusement cela abime les sièges... C'est pourquoi les Glonkins sont très mal vus dans les bars.
Le peuple gonklin éprouve un sain dégoût pour la technologie, le genre de dégoût qui vous fait arracher les spots lumineux d'une coursive de Kosmodock parce qu'ils vous font « mal aux yeux » ou détruire, à coups de masse cloutée, le bouton d'appel d'un ascenseur, parce qu'il « ne répond pas assez vite, ni assez poliment ». On en a même vu grimper comme des simples contre des piliers de béton plutôt que d'emprunter des escalators qui « pincent les pieds ». Évidemment, aucun gonklin ne s'abaisserait à piloter quelque engin que ce soit. Alors me direz-vous, comment se fait-il que ces énergumènes soient présents sur les routes spatiales? Je vous répondrai en un mot, un seul petit mot qui représente  un concept bien compris et même poussé dans ses ultimes retranchements par les féroces gonklins: le "STOP".
Quand des gonklins veulent voyager d'un point à un autre, armer un vaisseau pour aller en piller un autre, voire même lever une armada spatiale (ça s'est vu), ils utilisent tout bêtement la technique du stop. Le fait que les hordes de gonklins kidnappent un pauvre pilote esseulé d'un aéronef ou un équipage réduit plutôt que de lever le pouce au bord des routes spatiales n'est, pour eux, qu'une pittoresque anecdote. Ensuite, ils s'installent à bord, réduisent en miette tout l'équipement non nécessaire, ou se font des colliers de diodes, tandis qu'ils tabassent ou menacent l'équipage pour qu'ils les amènent à bon port.
Cette technique s'est révélée d'une redoutable efficacité lors de leur guerre contre les Bletles de Gaspachok 22, et ce n'est pas par hasard si certains routards de l'espace, quand ils s'aperçoivent que les sièges des kosmodocks sont tout troués et abîmés, préfèrent quitter la station à la hâte plutôt que de se faire enlever par ces barbares aux fesses barbelées. Hélas, il est parfois trop tard.
Ajoutons que si d'aventure le vaisseau tombe en panne, que ce soit à force de vérifier à coup de hache la faiblesse de la technologie ou de chasser la chèvre naine dans les entrailles du soyouz (et ben oui, les Glinkons embarquent avec leur bétail ! Ils ne vont pas se servir d'un frigo tout de même ! Et puis rien ne vaut les produits frais…), si, donc, les moteurs de la fusée lâchent, alors les gonklins montrent qu'ils savent maîtriser un deuxième concept : l'appel de détresse, si possible avec une voix douce, suave et féminine.

dimanche 3 juin 2012

EXIL : Le Théâtre des Petites Machines Erotiques


De la rencontre amoureuse entre un de nos PJ, ingénieur maudit, au talent certain d'ailleurs, mais à la fort mauvaise réputation, et d'une trafiquante d'amour lors du scénario "Les Trépassantes", la généreuse Mategloire, qui  se défend avec son cul comme dirait Romain Gary, est né LE THEATRE DES PETITES MACHINES EROTIQUES.
Les ligues de vertu s'enflamment, et les curieux se pressent aux portes car cet établissement a réussi  à conjuguer les vices du jeu et du sexe. Imaginez un croisement incertain entre un peepshow et un bandit manchot et vous aurez tout compris du licencieux établissement. Chaque velle glissée dans le monnayeur octroie au voyeur un minute de spectacle certes, mais fait aussi tourner un complexe système d'horlogerie qui  met en branle (c'est le mot) tout l'appareillage et coordonne la rotation des cabines autour des 3 scènes, provoquant dans sa course, plusieurs événements  comme la rencontre de plusieurs scènes où l'ouverture de la cabine vers une des danseuses et la possibilité donc, pour le gagnant, de participer au spectacle... Cet établissement a connu une renommé rapide et peut trouver une fin tumultueuse...

Je me creuse en général la tête pour faire vivre les idées de mes joueurs, et là je crois que ça mérite deux ou trois péripéties : il y a déjà eu la recherche des fonds, du local (un palier à quelques marches de l'allée des Abymes, non loin d'un arrêt de tramway dans le quartier des Passantes) et le début d'un lancement publicitaire, à base de verres, comme les verres de saké dans les restaurants asiatiques un peu louches, l'alcool limpide faisant office de lentille ou de loupe et permettant de voir les daguerréotypes au fond.
Pour l'instant, les "artistes" sont :
MATEGLOIRE : petite et dodue, au sourire désarmant, elle est le "coeur" de l'équipe.
SATINE ET EYMELINE : deux soeurs un peu bécasses, avec le feu au derrière mais un bon fond,
BERTHE : forgienne exotique, assez dure avec tout le monde…

dimanche 29 avril 2012

CADWALLON - Les Minimes : les Allumeurs de Lune et la Patrouille aéroportée


« Les Cynwalls ont leurs dragons, on a les nôtres. » Buzard de Clinche, ancien chevalier Strhröm.

Voltigeant sous le plafond « étoilé », parsemé de champignons luminescents, les chauves-souris de la patrouille sont un moyen très rapide de se rendre d’un point à un autre. Aux Minimes, la milice n’attend pas, et l’on prend la sécurité à cœur.
Pourtant il est une journée par semaine où la population doit veiller sur elle-même, tandis que l’obscurité grignote les rues une à une, une journée où toutes les montures et tous les miliciens sont en expédition. Ce jour-là, mettant à profit leur entraînement digne de cosmonautes, les patrouilleurs montent jusqu’à la lune. Chargés de nourriture et de chandelles de rechange, ils vont ravitailler l’Ermite, au fond de son puits de ténèbres, au cœur de l’astre de papier. Personne n’a jamais vu le visage du sélénite, il veille sur le satellite et sa flamme depuis plusieurs années, cloîtré dans une tenue ignifugée. Il n’a pas rejoint le plancher des vaches depuis 5 ans, quand le lampion avait brûlé et qu’il était descendu du ciel, harnaché d’un gadget gobelin nommé parachute, et tout escorté de cendres et d’escarbilles.

mercredi 18 avril 2012

CADWALLON - FunnyLand : un article sur le Toymaker

Une présentation en forme d'article de journal...

« Vous ne pouvez pas imaginer ! Lutter contre des wolfens qui font le double de votre taille, ça fout les jetons, mais on s’habitue ! Mais là… Des peluches qui vous courent dans les jambes en imitant des pleurs d’enfants, certaines qui explosent et déchiquètent vos camarades dans une gerbe de flammes et de shrapnels… Un foutu pantin m’a arraché trois doigts ! Vous voyez, le rigolo à clochettes qui bastonnait les méchants au théâtre de marionnette du Jardin Comédien quand on était minot. C’est inoffensif un pantin, bon sang ! Puis y avait les xylophones… Ce type était un malade ! Je sais même pas si le mot type va d’ailleurs ! Un foutu automate comme tout le reste ! Si ça se trouve le vrai Toymaker court toujours ! Je revois encore sa tête sur le plancher, avec les rouages qui pendaient… « Vous allez bien vous amuser, qu’il répétait, vous allez bien vous amuser… » »

Hier dans l’après midi, cinq ligues franches ont donné l’assaut au « Nid », la boutique de jouets où semble s’être retranché le Toymaker.

lundi 16 avril 2012

CADWALLON : les O'Dong Dong

Les scribes accroupis de Zukhoi racontent que ce sont des raz-de-marée à répétition qui ont submergé les plages et chassé le peuple O'Dong Dong de leur chapelet d'îles. Mais si l'on demande à ces parias du peuple gobelin, ce sont des histoires de razzias et de persécutions qu'ils vous content. Dans les croyances des O'Dong Dong, la terre n'appartient à personne, aussi abandonnèrent-ils, généralement sans résistance et à plusieurs reprises, leurs terres aux autres gobelins plus belliqueux. Le peuple de Rat s'est toujours moqué de ces cousins, pêcheurs incultes et animistes, aux joues empreintes d'un soleil de poudre de riz. Le vent annonciateur du Ragnarok aurait-il soufflé sur des braises, toujours est-il que les histoires drôles à leur sujet se sont muées en sentiment mêlé de haine et de honte, et c'est un génocide qui fut la chute tragique de la plaisanterie, il y a une soixantaine d'années...

Déracinés les O'Dong Dong furent ballottés par les houles, constellation de barques tristes et de villages flottants. Leur roi, symbole vivant de leur peuple, se perdit pendant une tempête et certains le cherchent encore... Beaucoup s'échouèrent dans les ports, et refusèrent obstinément de remettre pied à terre. Qu'est ce que les sédentaires avaient donc à leur apporter, à eux à qui ils avaient tout pris.

mercredi 11 avril 2012

CADWALLON : le cirque du Malheur

Un petit poème sur le cirque du Malheur qui exerce ses talents dans le Rempart.


Et le cracheur de feu comme un clochard céleste

D’un souffle alcoolisé fait voler les poissons

Tendus comme baudruche, brillants comme lampions

Avant de rengainer sa flasque dans sa veste


Irma-qui-n’a-pas-d’os s’enroule comme une écoute

Autour du mât d’un boutre, où chantent les pêcheurs

Ivres de mauvais vin. Poissonniers en déroute

Contemplent l’invasion d’une horde de noceurs…


Dans la gueule du requin le dompteur met sa tête

écartant ses mâchoires froides et mortes à l’étal

Quelques jongleurs manchots jouent avec des ablettes

Des clowns noirs et puants se poussent au canal


Le cirque du Malheur, tous mendiants et artistes

Vilains et grands farceurs, un jour à la criée

Lancent en l’air leurs perruques, hurlent et crient « En piste !»

Passant, jette-leur donc quelques sous pour changer…

dimanche 8 avril 2012

CADWALLON : des métiers des rues en vrac

J'avais prévu d'inventer des personnages ayant les professions ci-dessous.

Je poste toute cette liste pour m'en souvenir (si jamais un jour, je reprends ce boulot d'écriture) et pour permettre à un MJ en mal d'inspiration de pouvoir piocher afin de créer un PNJ "sur le pouce".

Bonimenteur
Changeur de vitre (façon Charlie Chaplin)
Sabouleux
Le chasse coquin, employé chargé de chasser les pauvres et les mendiants
Étudiants
Aboyeur
Arracheur de dent
Joueur avec orgue de barbarie et singe
Missionnaire
Franc coureur
Homme sandwich
Falot raccompagne les personnes a la lueur d’une lanterne
Marin en goguette
Ramoneur
Carrier placeur de pavé
L’iriduniculteur élève des sangsues pour les médecins…
Décrotteur qui enlève la boue des rues et des souliers

mercredi 4 avril 2012

CADWALLON : des évangélistes et des prédicateurs

Théome le Chenu est depuis des années un des rares fervents d’un héros barhan, un de ces paladins de vertu, sanctifiés par l’histoire, un dénommé Issek de la Cruche, qui brisa trente chevalets de torture et finit par arracher de ses mains le sol de sa prison, pour y puiser de l’argile et modeler une cruche que ses bourreaux abreuvèrent de leur larmes une fois le héros enfin disloqué. Les prêches sans élan de Théome ne soulevaient pas la ferveur des foules, jusqu’à une période récente, un soir où il réussit à convertir un Keltois saoul comme une barrique et plus massif que la charrette du pinardier qui les transporte. Depuis à chacun des sermons du vieux prêtres c’est Issek lui-même qui apparaît et réduit en miette l’engin de torture où il est attaché. Qu’importe que le saint barhan cache un ruban de runes keltoises sous une couche de fard, son culte est en train de faire des adeptes de plus en plus influents, dopés par le sens tout particulier de la mise en scène du vieux Théome.
Mais tout ceci n’aura qu’un temps. Vorec le Gris, missionnaire de l’église du Sincère Repentir, a décidé de mettre un terme à la fuite de ses fidèles et de son public vers une église idolâtre. Conscient de l’importance du colosse dans la démonstration religieuse et théâtrale de Théome, il a décidé d’embaucher des assassins pour le faire disparaître. Ce qui complique encore la situation c’est que la ligue du neuf de Safre, appelée aussi ligue des Frères ennemis, qui s’enorgueillit d’avoir en son sein un membre de chaque peuple, est bien décidée à retrouver son sessair. Ce dernier aurait déserté ses frères d’armes à la suite d’une mission dont la violence aurait été dans son esprit comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase.


La sœur Gorky est une figure locale. Orquesse convertie à Merin, elle trimbale sa carcasse massive aux quatre coins du quartier, vêtue comme une sœur à cornette, et balançant des sentences tirées tout droit des saintes écritures avec la délicatesse d’un razorback à vapeur. Les gens ont pris l’habitude de lui donner l’obole. Certains se confessent même, dans l’angle d’une porte cochère, moitié pour rire, moitié hypnotisés par ses yeux comme des soucoupes et qui semblent jeter alentours des éclairs furibonds, toujours prêts à foudroyer le pêché et ses sbires.
Au soir, Gorky se retire dans son logement miteux, retire sa soutane et ses faux seins puis s’envoie une triple dose de Kar Noz et écoute sa grosse paluche crisser contre les poils rêches de son crâne rasé. Après c’est tout un calcul. Quelle information vendre, à qui, quelle part du pécule reverser au Temple, pour sa bienveillance amusée, et surtout quelle part pour ces poudres syhares, ce poison merveilleux, ce feu qu’on s’injecte dans les veines, cette bête immonde toujours perchée sur vos épaules et qui vous ronge la cervelle et vous martèle et puis qui finit par vous étrangler.

mercredi 28 mars 2012

Cadwallon : ceux qu'on croise dans la rue - 1ère partie

Voilà une serie de personnages que l'on peut croiser dans les rues Cadwëes, vivotant de petits boulots et de maigres rapines.

Des coiffeurs et des barbiers
Silimelle a grandit sous les saules, près de la Verdorée. Enfant songe, il garde de son engeance féerique une crinière intondable, rebelle à tous les traitements, comme une bête bruissante de ses milliers de crins, sans cesse en déplacement sur son crâne. Aussi à le voir pareillement hirsute, le badaud se demande souvent s’il fait bien de confier sa chevelure à un tel personnage. Et pourtant. Silimelle a appris de sa mère les mille et une façons de nouer ou tresser les cheveux, il est vif du ciseau et attentif au goût de son client. Il a, de son enfance curieuse et vagabonde, entre joncs et lagunes, ramené des baumes et des lotions, qu’il expérimentait déjà sur ses camarades avant même peut-être que vous ne naissiez. Il aime sa carriole et la drûne qui la tire, à la force de ses bras cerclés de cuivre et de runes. Elle qui a découvert l’amour et sa propre beauté le jour où Silimelle a taillé dans ses boucles et ses mèches encore toutes coagulées du sang épais des arènes.

Kiryelle joue du rasoir. Elle a appris à en abuser très tôt. Déjà quand les autres pensionnaires de l’orphelinat se moquaient de son visage marqué et de son nez tordu, elle savait zébrer leur chair rose d’un revers prestement asséné, ses doigts fins serrés autour d’une moitié de ciseaux. Puis le temps a passé. La voilà à son compte, avec sa chaise qu’elle promène au quatre coins du fief. Et ses rasoirs. Si vous vous installez entre ses bras, le cou tendu et la tête en arrière, elle vous rendra glabre en quelques mouvements d’une grâce et d’une amplitude contrôlée, avant de remiser son tranchoir d’argent dans une des poches de son gilet de cuir. On raconte que parfois elle arrondirait ses semaines en taillant à même la chair. Pour une guilde ou pour une autre. Quelques balafres de plus sont venues s’ajouter à son visage tailladé, sous les grandes mèches qui lui cachent les yeux. Ce que l’on ne dit pas c’est qu’elle économise, et qu’elle entend bien lancer un jour une meute de ligueurs aux trousses des enfants de salaud qui l’ont mise au monde et défigurée avant de l’abandonner nue et grelottante sur les marches d’un des escaliers du quartier de la Bonne Mine.

Des cireurs de chaussures :
« Barnium le gob, cireur de godasse depuis des générations, mon bon monsieur. On a tellement baigné dans le cirage et les lotions étant gosses qu’on en est tous tachetés mes frères et moi, comme des léopards du syharalna. Enfin il parait… vu qu’on n’y est jamais allés. Vous y êtes allé, vous ? Nan ? C’est des jolies bottes, monsieur, ça… Des vraies de vraies de belles. Permettez ? Ah ça, c’est un mélange, comme qui dirait un secret de famille, vous allez voir un peu le brillant et le satiné après. Y a que mes frères et moi qui utilisons ce produit miracle… Mes sœurs ? Nan, j’en ai pas monsieur… Et puis bon, c’est pas votre affaire. »
De sales bruits courent dans les milieux gobelins des Remparts, sur la famille Barnium et ses nombreux garçons. Des filles, non jamais, pourtant c’est pas faute d’enfanter, les pauvres femmes là-bas sont toujours enceintes d’une portée. Mais jamais de gamines, non. Juste ce drôle de mélange secret…

Ezreph Traum est un vétéran. Un dur de dur. Il a combattu les enfants du Despote, et ceux de l’Hérésiarque, et puis les Dévoreurs et leur hypocrite croisade anti-dieux. Jusqu’au jour où il a marché sur un engin explosif, une bombe de son propre camp. Et là adieu guiboles, adieu caserne. Aucun remerciement pour ses années de service, pas de famille pour l’accueillir, juste la misère et la rue qui l’ont pris dans leurs grands bras sales. Depuis, il fait rouler. Dans sa petite carriole de cul de jatte, il a tout ce qu’il faut pour rendre à vos souliers leur éclat. Exilé au ras du sol, personne ne connaît la texture des venelles mieux que lui, les poussières, les pavés ou la boue. Capable de reconnaître quelqu’un rien qu’à ses chaussures, ou bien de défendre ses maigres économies à grand coup de fer dans les tibias, tel est Ezreph, un cigare à peine allumé en bouche et ses yeux clairs perdus en de vagues réminiscences… Il n’y a qu’avec les autres soldats qu’il sort un peu de sa réserve, et qu’il crache ses souvenirs meurtris, ou son dégoût des chefs et des gradés, tous justes bons à envoyer des pauvres gars comme lui au casse-pipe.

Des charrieurs qui attendent les étrangers et se font passer pour des compatriotes. Plus tard ils entraînent leur proie, les saoule, les assassine parfois, pour mieux les dévaliser.
Puis tandis qu’ils s’endorment, de la drogue versée en douce dans leur chope, il rejoint ses complices avec qui il se partage leurs affaires. Demain il aura un autre visage, et parlera avec un autre accent. Demain, ses victimes ne trouveront au lieu de la chambre où ils ont déposé leurs affaires qu’une pièce vide dans un immeuble en vente.
(Une victime peut reconnaître Gors et faire un scandale en pleine rue, voire pire...)

Et enfin j'ai développé le trafic aérien plus que ne le suggère le livre de base :

Des aveugles à fusée
On les aperçoit parfois au coin d’une rue, ou bien sur une place, dans un endroit dégagé, un abord de parc, ou bien un carrefour. Lunettes fumées sur le bec, et une caisse de pétards sur les genoux, tous aveugles, allez savoir pourquoi, ils vendent pour une pièce l’accès aux cieux. Quand un homme leur achète une fusée, le feu de Bengale qui explose au dessus des têtes et des toits ne fait pas ciller leur pupille, mais les passants qui connaissent s’enfuient ou bien s’abritent dans un recoin de porte cochère. Car, après la fusée, arrive le ballon taxi, un de ces dirigeables à vapeur qui sillonnent le ciel de la cité, plus vite qu’un fiacre mais si souvent soumis aux caprices des vents. Dans un grand bruit de rotor, l’engin se pose à même la place, soulevant détritus et papiers gras, envoyant voler robes et chapeaux dans un tourbillon acre de poussière et de vapeur. Les passagers, courbés en deux, se glissent jusque dans le ventre de la bête, et les voilà partis dans un bouquet de fumée, vers les hauteurs de la ville ou bien des fiefs lointains…

dimanche 11 mars 2012

Le Petit Cadwë : Isidore Fang, le cocher

J'étais pourtant certain d'avoir intégré ce personnage au Petit Cadwë, mais je ne l'y retrouve pas.
Mon ambition était de construire toute une galerie de transporteurs car mes joueurs n'ont de cesse d'utiliser divers moyens de transports... Isidore Fang était mon premier texte. Devait suivre Fifi et Riri, deux types en pousse-pousse travaillant de concert et se tirant perpétuellement la bourre, transformant ainsi la moindre course en successions de cascades et d'accidents plus ou moins évités de justesse... Mais place ! Voilà qu'arrive Isidore, un cocher wolfen, en passe devenir une légende.


Isidore Fang écrase sous sa patte fauve la cigarette rugueuse qu'il a fumée jusqu'au filtre. Appuyé nonchalamment contre le bois sombre de son coche, il se passe une griffe entre les crocs, fouille les interstices humides entre ses canines, à la recherche d'un relief de repas. Fils d'Yllia...Je t'en donnerais, moi... Le wolfen se sent infiniment moins de parenté avec cet astre froid qu'avec n'importe lequel des pavés luisants des grandes artères du Joyau. Cette cité est la sienne. Pas un coursier, pas un cocher qui en connaisse mieux les avenues et les ruelles que lui, tous les tours et les détours, jusque dans les royaumes de la Grande Couronne. Certaines routes sont comme des coups d'épingles qui percent jusqu'à la réalité même. Fang les connaît, elles et leurs passeurs. 30 ans qu'il pisse au coin des impasses et qu'il marque son territoire. Pour lui, pas de cartes ou de registres. C'est comme s'il portait les routes dans son sang. Comme s'il suivait ses propres veines. Cadwallon bouillonne en lui, elle enflamme sa truffe, et ses sens, fait frissonner ses poils. C'est une relation intime et exclusive. Fang a bien essayé de se fabriquer une vie, un foyer, mais rien à faire. Impossible de dormir autrement que roulé en boule sur une des banquettes de son carrosse.

Quatre heures sonnent quelque part. Quatre heures... L'heure des contrats les plus bizarres et les plus juteux. Isidore ne court pas après l'argent. C'est juste qu'il a des factures à payer. La pension de sa fille, les réparations du coche, et des fonds pour l'orphelinat des 800, dont il est issu. Il se souvient des surveillantes naines et des nuits à dormir par terre, tandis que les autres enfants plus petits s'entassaient dans des lits encastrés dans le mur, comme des tiroirs. Il aime bien payer. Il n'a pas réussi à intégrer complètement le concept de monnaie, ou peut être ne lui accorde-t-il pas la même importance.

Un crachin glacé commence à lui mouiller le poil. S'il forcit, les pavés de l'avenue Serre Ciel vont devenir une vraie patinoire, et les routes de la hure un bourbier infâme. Fang se souvient de cette fois où des dévoreurs l'on laissé pour mort et ont bouffé son passager. Un petit clerc théologiste, au crâne cerclé d'argent. Il déteste ces sauvages et leur furie aveugle. Depuis, il n'a jamais perdu un client, ni raté une seule course. Pas une depuis 17 ans. Il sait qu'il est en passe de devenir une sorte de légende, qu'il est une pièce unique comme le Crache-Funérailles à double détente qu'il cache sous son fauteuil. Un petit monstre trapu aux articulations bien huilées et bourré jusqu'à la gueule de poudre de contrebande. Il sait tout ça et il s'en fiche, car à demi masqué par la pluie, voilà que s'avancent deux silhouettes. Un homme en ciré, qui lève le bras et l'interpelle, un homme accompagné d'un enfant bizarre qui serre entre ses bras un sac bien trop volumineux pour un gamin de sa taille.

C'est l'heure de se remettre au boulot...



jeudi 8 mars 2012

Le Petit Cadwë : L'Oeil de l'Ombre

Quartier : Les Terrasses

Que feriez vous si vous vous retrouviez croqué et à demi monstrueux, sur toute une série de gravures à travers le Joyau ?

Telle une fée cachée sous son tertre, Ombre, dans son atelier, est un personnage difficile à débusquer. Pour peu que vous la cherchiez depuis les échelles et les passerelles environnantes, sachez qu’un subtil jeu de perspective masque toutes ses fenêtres. Le mur de la propriété des Lambale d’Iquor cache l’œil de bœuf depuis lequel, boudeuse, elle observe le fief, ou bien une des colonnes du parvis des Chasses Grisaille dissimule la lucarne d’où elle espionne, en catimini, Bourghiéron et leurs alentours.
Car Ombre, l’œil perpétuellement glissé entre ses persiennes, et lunette astronomique au poing, ne vit que par procuration. Elle s’est inventée un fiancé dans chaque fief, et en les suivant dans leurs déambulations, c’est un peu comme si elle se promenait avec eux, main dans la main. Souvent, elle lâche sa longue vue, et empoigne son matériel de gravure. Talentueuse, mais torturée, elle fabrique un univers de monstres, créatures à demi animales mais aux traits facilement reconnaissables, célébrités croquées sur le vif, dans ce qu’elle appelle leur « milieu naturel ». Plusieurs fois, elle a saisi, sans le savoir, des comploteurs illustres en plein conciliabule, des voleurs acrobatiques pendant leur périple aérien, ou des agressions qui se voulaient discrètes. Mais comment repérer de telles scènes dans ce chaos graphique qui recouvre tous les murs de la pièce, au milieu d’étranges schémas anatomiques, de grands échassiers chapeautés barbotant dans les canaux de la Marina, d’êtres mythologiques s’entre pénétrant dans les traboules du Jardin Comédien, ou de géants semi mécaniques dévorant leurs enfants, adossés aux réserves sur pilotis des Marécages.
La jeune femme, toujours tachetée d’encres diverses, reçoit peu de visiteurs. Seules ses créations sortent parfois de son antre, quand elle en a un trop plein. Elles s’échouent alors sur les étals des marchands d’arts, ou dans les pages de quelques romans qu’elles illustrent à peine. Qui sait si un de vos Ligueurs n’en est pas un personnage récurrent, un de ses amoureux ou de ses monstres virtuels dont Ombre s’entiche, depuis ses hauteurs, dans cet atelier solitaire dont elle a fait son petit purgatoire…
Elle aurait pourtant de quoi bien vivre sa vie, cette jeune héritière des réglisseries et confiseries Froment, si un accident de ballon n’avait pas brisé son existence, il y a de cela 13 ans. Adolescente ce jour où ses parents trouvèrent la mort, elle reçu un violent choc à la tête, et se réveilla femme, dans un monde transformé par l’apparition des Dévoreurs et le Rituel de l’Aube, un monde qui la traumatise et qu’elle essaye vainement de fuir.

samedi 3 mars 2012

Strike : le fondateur du 7 de Safre

La lumière du soleil repte à travers la chambre exiguë pour venir s'enrouler autour d'une lame, elle s'y attarde en étreintes miroitantes, avant d'onduler à travers un bric-à-brac hétéroclite et de se perdre comme avalée par le goulot d'une bouteille vide. Encore une nuit sans sommeil pour Strike le contrefait...

Un poignard file et se plante, rageur, dans l'ombre cornue sur le mur. Poing gauche disproportionné, queue sinueuse, un cauchemar propre à déclencher chez les akkylanniens un de ces grands barbecues festifs comme ils les affectionnent tellement.

Même le reflet déformé sur le plastron de sa cuirasse lui parait mieux que l'original...

Même pas capable d'être un grotesque gobelin, juste un mutant, un monstre. Plusieurs fois il a pensé se défaire de ce visage de gargouille, racler jusqu'à l'os ce masque de carnaval écarlate, mais rien n'y fait. Les blessures se referment plus vite qu'il ne se les inflige et le diable dans le miroir le dévisage de plus belle. Goguenard. Grotesque. Si étranger que c'est comme s'il haïssait un autre que lui.

Pas la peine de rester là à se morfondre. Strike bondit du lit, en faisant fuir les chats qui se sont glissés par la fenêtre pour finir son repas et les restes divers qui jonchent le sol. Foutus félins, faut-il qu'ils soient courageux pour survivre dans une ville où les wolfens pullulent...

Sa main droite boucle son ceinturon tandis que sa senestre, aussi massive que maladroite soutient le baudrier de sa colichemarde. Il saisit ses jambières de cuir jetées sous le lit, et le plastron chitineux taillé dans la carapace couleur rouille d'une saleté insectoïde. Tant de pièces disparates, d'équipement dépareillé, comme s'il avait rodé aux quatre coins d'Aarklash et de son histoire : un bijou Daïkinee, une médaille datant de Kharboxyl, ses lames-pistolets jumelles comme volées à des inquisiteurs du Griffon...

Un corps sans cicatrice mais une identité en lambeaux...

Un patchwork d'événements sans queue ni tête, un brouhaha de batailles, de retraites, de contre-attaques et de retraites encore. Une fuite en avant décousue, à moins que ce ne soit que les divagations dérangées d'un mythomane.

Même si son corps régénère, sa mémoire, elle, est au bout du rouleau. Comme si sa date de péremption était depuis longtemps dépassée, qu'elle avait plusieurs fois franchi ses limites et qu'elle se soit effacée au petit bonheur la chance pour faire de la place.
Les tirs de canons ébranlent déjà le Rempart et l'odeur fétide du quartier s'éveille sous le soleil alors que, chapeau noir vissé sur le crâne, le gobelin se dirige sans hâte vers Den-Azhir.
Contre sa poitrine, le ducat ensanglanté par lequel il a prêté serment reste sans chaleur, comme mort, depuis que sa fratrie entière a été décimée dans une embuscade. Foutus usuriers, foutue régénération qui a voulu qu'encore une fois il survive aux gens qui avaient fini par l'accepter comme un frère.

Strike serre son poing difforme jusqu'à s'en donner mal au crâne, il est prêt à tout et à n'importe quoi plutôt que de voir sa ligue défaussée...

mercredi 29 février 2012

Cadwallon : les Harponneurs de Shay Ulud

Mais qui sont ces gros bras qui débarquent à Flottebaie, un harpon sur l'épaule?

Les Harponneurs de Shay Ulud

On les croise sur les quais du Kraken, ces colosses orques, aux braies rayées d'écarlate, perle à l'oreille et un miroir en sautoir, ou bien ces ogres tatoués d'encres violettes, pipe au bec et portant un veston tout étoilé de surfaces réfléchissantes. Dans leur sillage, l'on chante et l'on festoie car ils ne sont pas avare de leurs ducats. C'est qu'il faut faire vite, vivre toute une vie en quatre jours d'escale, des amours aux raccourci, des querelles éclairs, se créer des familles qui durent ce que dure les haltes.

La vie du harponneur est nomade, comme le sont les grands bancs de Shay Ulud, ces mastodontes tentaculaires, qui glissent à la surface des houles comme de grandes raies encadrées d'un cortège de bras à ventouses. Ce sont de véritable fortunes flottantes, car tout est bon dans le Shay Ulud.
La chair de son corps est un trésor de viande et de graisse. On sale sa chair pale et fondante, on fabrique de l'huile de son lard, pour l'éclairage, la lubrification des machines à vapeur, ou même l'éclairage des familles keltoises.
Les os sont utilisés comme matériau, on taille des peignes dans ses arêtes, des manches de couteau, des boules de billards...
Les fanons de sa bouche sont utilisés grâce à leur résistance et à leur flexibilité pour fabriquer des baleines de parapluie et des corsets. Le cuir rouge brun de leur dos est utilisée pour fabriquer des ceintures. Leurs intestins séchés utilisés pour réaliser des cordages. Les alchimistes se disputent pour plusieurs de ses humeurs, pour fabriquer des onguents ou d'autres remèdes.
L'ambre gris trouvé dans ses entrailles sert à fixer les parfums. Les dames de la Ville Haute lui donnaient aussi des vertus aphrodisiaques. De l'huile extraite de son crâne, on fabrique de rares bougies, que les enchanteurs recherchent âprement. L'on raconte même que les mages de la Chimère auraient armé à leurs frais plusieurs bateaux de chasse.

Mais la bête n'est pas sans danger, et l'on ne compte plus les marins qu'elle a entrainé avec elle par le fond, ou bien les barques broyées sous ses coups. Le plus dangereux serait le regard étrange de ses deux yeux pédonculés. L'on raconte que qui le croise, perd son âme.
Aussi c'est pour se protéger que tous les harponneurs portent un ou plusieurs miroirs, afin de renvoyer son regard au colosse et de se prévenir d'un destin grabataire...

lundi 20 février 2012

Le Petit Cadwë : le Faubourg Rubis et la famille Salisium à Bourghieron

Le Faubourg Rubis est un grand ensemble d’appartements, censé être un des joyaux urbains de l’Avenue du Progrès Partagé. Lors de son inauguration, certaines familles aisées s’y pressaient en visite, entre les portiques en fleurs et les colonnades de marbre.

Aujourd’hui les colonnes gisent brisées sur le sol et la chaussée défoncée se soulève sous des jaillissements végétaux, des gerbes de graminées en corolle, des touffes de feuillages grimpants qui escaladent les piliers dans une étreinte en spirale. Les façades, elles aussi, abritent dans leurs fissures de longues fleurs charnues aux pétales de cire. La vie animale aussi a repris ses droits. Des familles de salamandres occupent les bassins et de grands oiseaux de mer nichent au creux des cheminées.

Pourtant dans ces grandes bâtisses obscures et ces cages d’escaliers flottent encore des parfums de cire et des odeurs de beignets. Squatté ou loué pour pas grand-chose, un logement sur trois est encore occupé. Communautés autonomes et vieillissantes, jeunes débutants dans la vie, tout un microcosme se côtoie et s’entremêle, sous des balcons envahis de draperies végétales, bercé par le va et vient d’araignées dentellières.

La famille Salisium est de ces gens. Logés dans le local technique d’où l’on devait entretenir le petit lac artificiel au centre de la propriété, les gobelins font tourner leur petite entreprise de restauration. Même si leur cuisine n’a rien d’exceptionnel, monter sur leur radeau, et dîner au fil de l’eau, donner la béquée aux ragondins, sur un itinéraire balisé de lampions flottants, a de quoi laisser des souvenirs. Bien sûr, il y a les moustiques, l’embarcation qui tangue, et l’on en repart parfois les pieds ou les fesses mouillées, mais quand on a zigzagué entre les joncs et les échassiers, en charmante compagnie, escorté par une nuée de lucioles, tout cela est vite oublié.

lundi 13 février 2012

Le Petit Cadwë : l'Haruspice

Ce soir, dans les bars musicaux du jardin comédien, nous écoutons l'Haruspice,

un barde décrié venu des terres nécromanes d'Achéron.

Des ses doigts où perce l'os, il va piocher dans un grand chaudron de bronze, pour en faire resurgir les spectres de grands musiciens décédés, qu'il lance vers le plafond dans un rire éraillé.

Les fantômes en sarabande tournoient autour des lustres, et s'en vont organiser des bœufs musicaux tout à fait inattendus.

Esprits frappeurs trop longtemps demeurés sans scène et sans public, leur créativité se déchaîne, et tout devient instrument : les verres à demi vidés qui traînent sur le bar, la vaisselle alignée, les cuivres des casseroles des cuisines. La cheminée se transforme en grand orgue et les cheveux des dames en harpe cristalline.

mardi 7 février 2012

Bear Harbour : le Scaphandrier

LE SCAPHANDRIER attend la tête engoncée dans son casque. Il attend debout dans sa combinaison de toile caoutchoutée, les pieds emprisonnés dans ses semelles de plomb. Il attend que la mer remonte à l’angle de la rue Pisse Froid et la rampe Sans Sommeil. Son casque de cuivre est une cible de choix pour les cailloux des gosses. D’autres plus amicaux lui ont fixé des poissons à son harnachement, des poulpes qui dodelinent avec les courants d’air, au bout de leur tige de fil de fer. Les passants le considèrent de haut, lui jettent un vague quignon. Et c’est bien tout ce qu’il mérite ce fou sans visage, engoncé dans son déguisement de pacotille.

Mais le scaphandrier enraciné dans son costume observe sans fléchir un monde déformé par le verre circulaire de son hublot, il sait tout des saisons et des va et vient de son quartier et sous les hésitations de sa voix de simplet se cachent parfois des perles de sagesse.

lundi 28 novembre 2011

Star Marx- les Mnogies



Une race pour Star Marx, tout un immeuble de petites créatures vautrées devant leur écran de contrôle et qui décident ce que doit faire le grand robot qu'ils habitent en appuyant sur les chiffres de la télécommande....
"Vous voulez lui mettre un crochet du droit, tapez 1, pour un direct du gauche, tapez 2, pour lui dire que ses lacets sont défaits et lui coller un coup quand il se baisse, tapez 3, pour vous enfuir en courant, tapez 4..."

vendredi 14 octobre 2011

Titan et Fils : le reboot - CR n°1 - En route pour Gorgéfax avec la Praline Vagabonde

12 VENDOME de l’ANNÉE du CANARD-JAGUAR

Nous prenons la route de Gorgéfax, réseau de grottes immenses, cuisines cyclopéennes où les zéphirins, des marmitons invisibles et éthérés, mitonnent des mets divins pour on ne sait qui. Les plats sont de taille variable, mais tous, gigantesques, relèguent l’humain au rang de souris insignifiante…Nous voyagerons à bord de la Praline vagabonde, toute chargés d’une cargaison d’habits de luxe, d’épingles, d’outils et d’illustrés, à échanger au fil de la route. C’est la jeune LiLou Cuisses-Folles, courte vêtue de mousseline transparente, qui sera notre guide à travers les Grandes Cuisines.
Les écureuils viennent d’embarquer, à plus de 200 par silos. Difficile de croire que ce sont leurs petites pattes griffues, tirant avec obstination sur des noisettes factices, qui, par un système de ressorts et de bielles, finissent par entraîner les six pattes d’acier de notre véhicule arachnéen. Le vieux Cagaroulette est juché comme un coucou sortant de son horloge sur le bras télescopique qui soutient le siège de pilotage. Toubib vérifie les bordereaux, avec sa maniaquerie habituelle mais louable, tandis que Bellisama, sa femme, sautille, tout feu tout flamme, d’une distraction à l’autre. Normal pour un élémentaire du feu…
J’ai sur moi trente kilos de lames, et des munitions plein le c… On est prêt.