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vendredi 14 octobre 2011

Titan et Fils : le reboot - CR n°1 - En route pour Gorgéfax avec la Praline Vagabonde

12 VENDOME de l’ANNÉE du CANARD-JAGUAR

Nous prenons la route de Gorgéfax, réseau de grottes immenses, cuisines cyclopéennes où les zéphirins, des marmitons invisibles et éthérés, mitonnent des mets divins pour on ne sait qui. Les plats sont de taille variable, mais tous, gigantesques, relèguent l’humain au rang de souris insignifiante…Nous voyagerons à bord de la Praline vagabonde, toute chargés d’une cargaison d’habits de luxe, d’épingles, d’outils et d’illustrés, à échanger au fil de la route. C’est la jeune LiLou Cuisses-Folles, courte vêtue de mousseline transparente, qui sera notre guide à travers les Grandes Cuisines.
Les écureuils viennent d’embarquer, à plus de 200 par silos. Difficile de croire que ce sont leurs petites pattes griffues, tirant avec obstination sur des noisettes factices, qui, par un système de ressorts et de bielles, finissent par entraîner les six pattes d’acier de notre véhicule arachnéen. Le vieux Cagaroulette est juché comme un coucou sortant de son horloge sur le bras télescopique qui soutient le siège de pilotage. Toubib vérifie les bordereaux, avec sa maniaquerie habituelle mais louable, tandis que Bellisama, sa femme, sautille, tout feu tout flamme, d’une distraction à l’autre. Normal pour un élémentaire du feu…
J’ai sur moi trente kilos de lames, et des munitions plein le c… On est prêt.


Titan et Fils : le reboot – CR1 – Premiers pas dans Gorgéfax

18 FRIMOSE de l’ANNÉE du CANARD-JAGUAR

Voilà presque dix jours que nous sommes sous les voûtes immenses de Gorgéfax, et je n’ai pas trouvé une seule fois le temps de tenir à jour ce foutu cahier de route. D’abord il y a Lilou, puis il y a ces cons d’écureuils qui se jettent sur les murs des silos. On a mis un moment à piger que c’était à cause des lointaines odeurs de cuisine divine qu’eux percevaient et qui leur filaient la fringale et l’envie de se barrer. Avec Eustache on a revu l’isolation des silos, mais on n’ose plus les lâcher, des fois qu’ils ne reviennent pas. Heureusement on les nourrit avec des stocks de cubes de noix achetés aux Noisitiers.

Et puis il y a eu hier. Sous prétexte de prendre un raccourci, nous avons essayé de traverser un grand bac à vaisselle, et nous avons passé deux jours dans ce marécage de lacunes mousseuses et de débris alimentaires moisis et gorgés d’eau. Nous en étions presque sortis quand un zéphyrin ou un serviteur divin, je m’en cogne, a ouvert le siphon pour nettoyer le bac. Là l’enfer s’est déchaîné. Le paysage s’est mis à défiler comme si l’univers s’effondrait sur lui-même, avalé, englouti, au fond d’un puits, à peine quelques lieues derrière nous. Le courant nous a entraîné aussi et nous y serions passés si après bien des manœuvres savantes, et un tricotage acharné des pattes métalliques de notre véhicule, les autres n’avaient réussi, dans l’urgence, à former un bouchon avec des écorces géantes de fruits moisis et des longues fibres pâles que Bellisama s’imagine être des cheveux de déesse… Foutu romantique cette fille.
Seul truc positif dans cette nuée d’emmerdes, une sorte d’acarien gros comme un bœuf qui est venu se cramponner à la Praline pour ne pas être englouti par les flots. Il m’a bien détendu celui là. Je lui ai fait avaler ses mandibules. Le gros calibre à bout portant, ça ne pardonne pas. Le doc dit que je serai bientôt guéri et que mes morsures et mes plaies se referment à une vitesse étonnante. Bah. On est ce qu’on est…

Titan et Fils : le reboot – CR1 – Les étagères de Gorgéfax

21 FRIMOSE de L’ANNEE du CANARD JAGUAR.

Nous faisons un détour par les hautes routes du pays des étagères, plus sûr parait-il. L’ascension est assez vertigineuse, tant le vide est tout proche parfois. Il suffirait que deux pattes sur les trois à bâbord dérapent… Nous suivons le chemin poussiéreux de Vole-Mite, tout peuplé de grands papillons pâles et virevoltants. Nous baignons littéralement dans la poudre pâle qui tombe de leurs ailes. Il y en a de toutes les tailles, Des grands comme des assiettes jusqu’à des gigantesques aux ailes plus grandes que des roues de charrette. Inoffensifs. Il parait… Ils nous escortent semblables à une farandole de fantômes à demi translucides, butinant ça et là la vieille frise de tissu moisi qui décore le bord de l’étagère. Le vieil Eustache raconte à la veillée qu’un jour il a vu un de ces insectes de près, qu’il s’est posé à coté du siège du conducteur et qu’il avait des traits presque humains. Il a cru reconnaître le visage d’un soutier de Titan et Fils, disparu corps et bien dans les glaciers de Chambre-Froide… Je ne sais pas s’il y croit ou si c’était juste pour faire peur à Lilou… Je pilote, le canon scié chargé et posé en travers des cuisses.


25 FRIMOSE

L’altitude nous empêche presque de respirer. Heureusement nous avons échangé quelques lots d’épingles et d’outils contre des herbes qui « nous aident à fixer l’oxygène » d’après Toubib. Les garrimperos avec qui nous avons fait affaire étaient très civils, et s’échinaient à exploiter une veine de sucre candy dans un garde manger oublié. Cagaroulette s’est pris avec eux une de ces cuites… Parait que ça aide à se sociabiliser avec ce genre d’individus. Ils étaient presque tristes de nous voir partir. Nous leur avons pris plusieurs caisses de sucre, roux et cristallisé, et les filles ne quittent plus leur poncho et leur bonnet à oreilles…

28 FRIMOSE

Nous dormons cette nuit à coté de ruines titanesques, les décombres de tout un réseau de cités troglodytes, creusées dans le papier de colossaux livres de cuisine. Ces géants paperassiers, bien rangés sur l’étagère, ont jadis accueillis toute une population d’indigènes. De quoi vivaient-ils ? Mystère. Sûrement pas des tronçons d’images que l’on aperçoit sur certains pans de pages, dans les nombreuses salles creusées qui se suivent, labyrinthiques et vides. Il fait froid. Lilou me dit qu’elle a l’impression de dormir contre une vielle brique craquelée et bouillante, qui sort de la cheminée… Flatteur ?

Titan et Fils : le reboot – CR1 – La Plaine à carreaux de Gorgéfax

12 QUINT de l’ANNÉE du CANARD-JAGUAR

Rien de neuf pendant des jours. Juste des routes de montagne. Enfin d’étagère… Nous attaquons la Grande Plaine à Carreaux. Moi j’appelle ça une nappe… J’ai dû virer Bellisama du poste de pilotage. Elle jouait comme une gamine à ne marcher que dans les carrés roses…

Parait qu’il y a une guerre au sud. Pas de chance, c’est là qu’on va.


14 QUINT

Au détour d’une miche de pain fossilisé, grosse comme une colline, nous avons croisé le premier contingent de belligérants. Marioles… Les troupes du Pop Corn Salé... Farouches opposants de celles du Pop Corn Sucré qu’ils traitent d’hérétiques et « d’antigastronomes ». Quand leur patrouille nous a arrêtés, le doc a eu comme une fulgurance : on avait plusieurs caisses de sucre candy à bord. Assez pour qu’on nous considère comme des Sucristes dans leur fichue guerre de Sécession. Les filles ont tout fait pour distraire la soldatesque, persuasion de Bellisama, décolleté de Lilou. Même Toubib qui les a noyés dans la paperasse et les laissez-passer. Pendant ce temps, le vieux et moi, on trimbalait des caisses. Je ne sais pas si l’Eustache a été un gros trafiquant, ou un contrebandier sur des côtes lointaines, toujours est-il que le bougre a été efficace et sacrément professionnel. M’en a bouché un coin. Les types n’y ont vu que du feu, nous voilà repartis…



15 QUINT de l’ANNÉE du CANARD-JAGUAR

Notre tranquillité a été de courte durée. Quelques heures plus tard, c’est les Sucristes que l’on croisait. L’un de nous a eu la mauvaise idée de leur montrer les caisses de sucre candy, et de nous présenter comme des alliés potentiels. Résultat, les salauds engoncés dans leur uniforme en pop corn sucré ont voulu nous confisquer la cargaison, se chopper les filles et nous passer par les armes.

Parfois, la parano ça sert. J’avais prévu le coup. Enfin Toubib dit que je n’aurai jamais dû boxer le gars pour lui prendre son arbalète et abattre le mec qui fermait la barrière. D’après le doc tout a commencé à dégénérer à ce moment là. Moi je sais que ça avait commencé bien avant. Après tout, c’est moi le combattant embarqué, et c’est lui le toubib…

Après, tout s’est déroulé comme prévu avec Bellisama. En utilisant ses pouvoirs, elle a foutu le feu à leur stock de maïs. Je lui avais dit de faire ça si jamais ça partait en sucette. Ça a foutu un bazar d’enfer, les grains de maïs gros comme des boulets fusaient dans toutes les directions en explosant, le pop corn jonchait le paysage, les soldats couraient dans tous les sens avec des seaux à part un pauvre bataillon qui essayait de nous coincer. Ça n’a pas été du gâteau, y en a eu pour essayer de monter à bord, il a fallu ruser, et j’ai fait une bonne trotte, pendu par la queue et traîné au sol. On a eu droit aussi à quelques canonnades venant d’artificiers sucristes qui avaient conservé un peu de maïs à coté de leur canon-poêle, heureusement Belli a fait caraméliser tout ça avant que ça ne nous touche…

Au final, la Praline est en bon état, avec quelques pop corn qui lui font comme une poussée d’acné sucrée. Bah, ça fera de la bouffe pour les rongeurs et un peu pour nous. Personne n’est gravement blessé, juste un peu choqué peut-être, mais la troupe va globalement bien. Les soldats sont loin, les tonnerres de la guerre ne sont plus qu’un lointain écho. Je ressemble à une momie avec mes bandages. Tout baigne…

Titan et Fils : le reboot – CR1 – La Mer de Petite-Marmite et l’île de Bouquet Garni de Gorgéfax

29 QUINT

Il nous faudra plus de deux semaines pour traverser la mer de Petite-Marmite. Deux semaines à bord de l’Ecumeur, un sabot de fer bourré jusqu’aux sabords de marins velus, de harponneurs tatoués et de gagne-misère de tout bord… Deux semaines à chasser des poissons géants, aux yeux vitreux et aux filets déjà à demi cuit par la mer à court bouillon. Des mastodontes blafards, les écailles partant par plaques, qui finissent dépecés sur place, sur le pont ou ligotés contre le flanc de l’écumeur, la bouche encore palpitante et cherchant l’oxygène… Lilou a pas supporté. Elle se terre dans la Praline, et caresse deux trois écureuils qui se sont acclimatés à ses petites mains.

Hier, on a failli tous finir à la baille, quand un grand maquereau a refusé de se laisser dépouiller et que trouvant comme un second souffle il a décidé de rejoindre les profondeurs bouillante de la mer. Heureusement qu’on a tranché les câbles en vitesse, en esquivant les coups de queue, sinon il nous emportait tous par le fond. Les aminches aux commandes de la Praline ont bien assuré eux aussi, en la faisant s’agripper autour de la cheminée principale. Plus de peur que de mal…



2 SEPTOBRE de l’année du CANARD JAGUAR

Petite escale sur une île « bouquet garni » comme ils l’appellent. Des indigènes vêtus de fanes de légumes qui leur font comme des robes… Les bouseux nous surveillent tout le temps pour vérifier si on ne leur volerait pas un morceau de leur île. Les palmiers-céleris dodelinent tandis que l’île tangue. Lilou et Bellisama s’aspergent, le cul dans la flotte tandis que Toubib essaye d’échapper à ces relents de sel, d’échalote et de marinade qui finissent par vous coller à la peau…

Titan et Fils : le reboot – CR1 – Les restes du repas et les Nécromants Dinatoires de Gorgéfax

13 SEPTOBRE

Nous avons traversé une terre de cauchemar. Même moi j’ai pas aimé. Sur la nappe de toile rêche, un festin à perte de vue. Venaison, salades, entremets… Mais les invités ont du décommander, les dieux sont morts, ou ils ont sauté un repas, la viande pourrit dans sa sauce, le festin sent la charogne et les fruits en pyramide se couvrent de duvet vert… A perte de vue, tout moisit, empeste et faisande. Un flanc aux œufs veiné d’artères noires et pelucheuses, un civet qui s’agite tout seul dans sa cassolette, royaume boueux des vers et des asticots… On ne sait de quel plat s’éloigner et duquel se rapprocher tant tout empoisonne et empuantit l’air. Et c’est sans parler des mouches, grosses comme mon poing, et qui viennent vous butiner…

Un matin, alors qu’on se faufilait entre une salade de choux couverte d’écume acide et un pain de seigle dur comme du granit, nous eûmes la surprise de voir se dresser un homme, au sommet de l’empilement de crudités… La mousse corrosive avait couvert ses jambes de plaques écarlates, des lambeaux de serviette en papier battaient contre ses flancs caves tandis qu’un dernier morceaux pendait sur son front chauve et dissimulait ses traits. Il se mit à hurler dans un langage inconnu mais son intonation rendait toute traduction inutile. On n’était clairement pas les bienvenus…

Dans le quart d’heure qui a suivi, un de ces collègues nous a chargé, à cheval sur une dinde rôtie, enfin ce qu’il en restait… Le choc latéral a été terrible. S’il n’y avait pas eu cette salière, le bougre nous aurait renversé. S’en est suivi une bonne partie de stock car, à grand renfort de plomb et flammes de notre coté, à grand coup de pilon à demi décomposé du sien… En me penchant, tenu par Lilou, j’avais arraché une brochette acérée sur un plateau quand l’autre nain sur son volatile a buté sur un coin d’assiette, à la suite d’une manœuvre audacieuse du vieux Cagaroulette qui était aux commandes. La bestiole a fait plusieurs tonneaux, éparpillant une colline de chips et renversant plusieurs flûtes de cristal qui explosèrent contre la table, en une nuée de shrapnels translucides… Tandis que la bête essayait de se remettre d’aplomb, le vieux a décidé de la charger à son tour, comme un chevalier en lice, avec moi et ma brochette dans le rôle du chevalier… J’aurai bien aimé embrocher ce sorcier de malheur, ce « nécromant dinatoire » comme l’appelait Lilou, mais avec la vitesse, j’ai eu du mal à l’ajuster. J’ai empalé sa bête, et j’ai cloué sa carcasse à la nappe et à la table en dessous. Par contre je me suis pris un de ces vols à l’impact… Je ne sais pas comment j’ai pu courir et rattraper la Praline après ça mais je suis à bord. Au lit. Convalescent ça s’appelle. Lilou me dorlote et joue aux infirmières. Dehors, j’entends les autres qui retapent une patte boiteuse, à tribord.

Titan et Fils : le reboot – CR1 – Péri-Chéri, une porte de Gorgéfax

22 SEPTOBRE

Deux heures que nous suivons la Vassali, le grand fleuve des ablutions. La nuit est tombée, enfin la « fin du service » comme on dit à Gorgéfax, et nous apercevons les lumières colorées de Peri-Chéri. Le voyage touche à sa fin. Tout le monde est sain et sauf. La marchandise a un peu valdingué, elle est un peu chamboulée… Ya pas qu’elle, remarque…