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dimanche 29 avril 2012

CADWALLON - Les Minimes : les Allumeurs de Lune et la Patrouille aéroportée


« Les Cynwalls ont leurs dragons, on a les nôtres. » Buzard de Clinche, ancien chevalier Strhröm.

Voltigeant sous le plafond « étoilé », parsemé de champignons luminescents, les chauves-souris de la patrouille sont un moyen très rapide de se rendre d’un point à un autre. Aux Minimes, la milice n’attend pas, et l’on prend la sécurité à cœur.
Pourtant il est une journée par semaine où la population doit veiller sur elle-même, tandis que l’obscurité grignote les rues une à une, une journée où toutes les montures et tous les miliciens sont en expédition. Ce jour-là, mettant à profit leur entraînement digne de cosmonautes, les patrouilleurs montent jusqu’à la lune. Chargés de nourriture et de chandelles de rechange, ils vont ravitailler l’Ermite, au fond de son puits de ténèbres, au cœur de l’astre de papier. Personne n’a jamais vu le visage du sélénite, il veille sur le satellite et sa flamme depuis plusieurs années, cloîtré dans une tenue ignifugée. Il n’a pas rejoint le plancher des vaches depuis 5 ans, quand le lampion avait brûlé et qu’il était descendu du ciel, harnaché d’un gadget gobelin nommé parachute, et tout escorté de cendres et d’escarbilles.

mercredi 25 avril 2012

CADWALLON - Les Minimes : l'Impasse

Ce sujet va être développé au fur et à mesure des prochains posts.


Il est, en plein cœur de Bourghiéron, un fief dans le fief. L’impasse des Minimes, car c’est d’elle qu’il s’agit, ne semble au premier abord qu’une venelle comme une autre. Elle s’ouvre comme une gueule béante, à deux pas de la place des Faux Prophètes, sous un porche sculpté aux canines d’émail. Il y règne sans fin une nuit étoilée, mais les constellations y sont toutes en désordre, côtoyant une lune en lampion dont on aperçoit les armatures de fil de fer à travers une peau de papier huilé, et tandis que le passant s’écarte pour laisser passer un chariot tiré par des rats, il s’aperçoit vite que quelque chose a changé.
Et pour cause, puisqu’en passant le porche, il a été miniaturisé.
Ici, point de dragon dans le ciel. Quelques chauves-souris, certes, dressées elles aussi. Au comptoir des tavernes, l’on peut festoyer à huit sur un grain de raisin, et à l’Oenotilustre c’est le même grand cru d’Allivie que l’on sirote goutte à goutte depuis trente ans.
C’est un lieu hors du temps, comme un village dans la ville. Certains de ses habitants se refusent d’en sortir, tout comme bon nombre de cadwës préfèreraient mourir que d’être « miniaturisés ». Ces braves citoyens ont sans doute peur de rester minuscules à jamais. Pourtant, sitôt passé le porche, la seule communication du quartier avec le reste du monde, tout revient à la normale. Enfin aussi normal que cela peut l’être, dans le fief de Bourghiéron…

mercredi 18 avril 2012

CADWALLON - FunnyLand : un article sur le Toymaker

Une présentation en forme d'article de journal...

« Vous ne pouvez pas imaginer ! Lutter contre des wolfens qui font le double de votre taille, ça fout les jetons, mais on s’habitue ! Mais là… Des peluches qui vous courent dans les jambes en imitant des pleurs d’enfants, certaines qui explosent et déchiquètent vos camarades dans une gerbe de flammes et de shrapnels… Un foutu pantin m’a arraché trois doigts ! Vous voyez, le rigolo à clochettes qui bastonnait les méchants au théâtre de marionnette du Jardin Comédien quand on était minot. C’est inoffensif un pantin, bon sang ! Puis y avait les xylophones… Ce type était un malade ! Je sais même pas si le mot type va d’ailleurs ! Un foutu automate comme tout le reste ! Si ça se trouve le vrai Toymaker court toujours ! Je revois encore sa tête sur le plancher, avec les rouages qui pendaient… « Vous allez bien vous amuser, qu’il répétait, vous allez bien vous amuser… » »

Hier dans l’après midi, cinq ligues franches ont donné l’assaut au « Nid », la boutique de jouets où semble s’être retranché le Toymaker.

mercredi 11 avril 2012

CADWALLON : le cirque du Malheur

Un petit poème sur le cirque du Malheur qui exerce ses talents dans le Rempart.


Et le cracheur de feu comme un clochard céleste

D’un souffle alcoolisé fait voler les poissons

Tendus comme baudruche, brillants comme lampions

Avant de rengainer sa flasque dans sa veste


Irma-qui-n’a-pas-d’os s’enroule comme une écoute

Autour du mât d’un boutre, où chantent les pêcheurs

Ivres de mauvais vin. Poissonniers en déroute

Contemplent l’invasion d’une horde de noceurs…


Dans la gueule du requin le dompteur met sa tête

écartant ses mâchoires froides et mortes à l’étal

Quelques jongleurs manchots jouent avec des ablettes

Des clowns noirs et puants se poussent au canal


Le cirque du Malheur, tous mendiants et artistes

Vilains et grands farceurs, un jour à la criée

Lancent en l’air leurs perruques, hurlent et crient « En piste !»

Passant, jette-leur donc quelques sous pour changer…

dimanche 8 avril 2012

CADWALLON : des métiers des rues en vrac

J'avais prévu d'inventer des personnages ayant les professions ci-dessous.

Je poste toute cette liste pour m'en souvenir (si jamais un jour, je reprends ce boulot d'écriture) et pour permettre à un MJ en mal d'inspiration de pouvoir piocher afin de créer un PNJ "sur le pouce".

Bonimenteur
Changeur de vitre (façon Charlie Chaplin)
Sabouleux
Le chasse coquin, employé chargé de chasser les pauvres et les mendiants
Étudiants
Aboyeur
Arracheur de dent
Joueur avec orgue de barbarie et singe
Missionnaire
Franc coureur
Homme sandwich
Falot raccompagne les personnes a la lueur d’une lanterne
Marin en goguette
Ramoneur
Carrier placeur de pavé
L’iriduniculteur élève des sangsues pour les médecins…
Décrotteur qui enlève la boue des rues et des souliers

mercredi 4 avril 2012

CADWALLON : des évangélistes et des prédicateurs

Théome le Chenu est depuis des années un des rares fervents d’un héros barhan, un de ces paladins de vertu, sanctifiés par l’histoire, un dénommé Issek de la Cruche, qui brisa trente chevalets de torture et finit par arracher de ses mains le sol de sa prison, pour y puiser de l’argile et modeler une cruche que ses bourreaux abreuvèrent de leur larmes une fois le héros enfin disloqué. Les prêches sans élan de Théome ne soulevaient pas la ferveur des foules, jusqu’à une période récente, un soir où il réussit à convertir un Keltois saoul comme une barrique et plus massif que la charrette du pinardier qui les transporte. Depuis à chacun des sermons du vieux prêtres c’est Issek lui-même qui apparaît et réduit en miette l’engin de torture où il est attaché. Qu’importe que le saint barhan cache un ruban de runes keltoises sous une couche de fard, son culte est en train de faire des adeptes de plus en plus influents, dopés par le sens tout particulier de la mise en scène du vieux Théome.
Mais tout ceci n’aura qu’un temps. Vorec le Gris, missionnaire de l’église du Sincère Repentir, a décidé de mettre un terme à la fuite de ses fidèles et de son public vers une église idolâtre. Conscient de l’importance du colosse dans la démonstration religieuse et théâtrale de Théome, il a décidé d’embaucher des assassins pour le faire disparaître. Ce qui complique encore la situation c’est que la ligue du neuf de Safre, appelée aussi ligue des Frères ennemis, qui s’enorgueillit d’avoir en son sein un membre de chaque peuple, est bien décidée à retrouver son sessair. Ce dernier aurait déserté ses frères d’armes à la suite d’une mission dont la violence aurait été dans son esprit comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase.


La sœur Gorky est une figure locale. Orquesse convertie à Merin, elle trimbale sa carcasse massive aux quatre coins du quartier, vêtue comme une sœur à cornette, et balançant des sentences tirées tout droit des saintes écritures avec la délicatesse d’un razorback à vapeur. Les gens ont pris l’habitude de lui donner l’obole. Certains se confessent même, dans l’angle d’une porte cochère, moitié pour rire, moitié hypnotisés par ses yeux comme des soucoupes et qui semblent jeter alentours des éclairs furibonds, toujours prêts à foudroyer le pêché et ses sbires.
Au soir, Gorky se retire dans son logement miteux, retire sa soutane et ses faux seins puis s’envoie une triple dose de Kar Noz et écoute sa grosse paluche crisser contre les poils rêches de son crâne rasé. Après c’est tout un calcul. Quelle information vendre, à qui, quelle part du pécule reverser au Temple, pour sa bienveillance amusée, et surtout quelle part pour ces poudres syhares, ce poison merveilleux, ce feu qu’on s’injecte dans les veines, cette bête immonde toujours perchée sur vos épaules et qui vous ronge la cervelle et vous martèle et puis qui finit par vous étrangler.

mercredi 28 mars 2012

Cadwallon : ceux qu'on croise dans la rue - 1ère partie

Voilà une serie de personnages que l'on peut croiser dans les rues Cadwëes, vivotant de petits boulots et de maigres rapines.

Des coiffeurs et des barbiers
Silimelle a grandit sous les saules, près de la Verdorée. Enfant songe, il garde de son engeance féerique une crinière intondable, rebelle à tous les traitements, comme une bête bruissante de ses milliers de crins, sans cesse en déplacement sur son crâne. Aussi à le voir pareillement hirsute, le badaud se demande souvent s’il fait bien de confier sa chevelure à un tel personnage. Et pourtant. Silimelle a appris de sa mère les mille et une façons de nouer ou tresser les cheveux, il est vif du ciseau et attentif au goût de son client. Il a, de son enfance curieuse et vagabonde, entre joncs et lagunes, ramené des baumes et des lotions, qu’il expérimentait déjà sur ses camarades avant même peut-être que vous ne naissiez. Il aime sa carriole et la drûne qui la tire, à la force de ses bras cerclés de cuivre et de runes. Elle qui a découvert l’amour et sa propre beauté le jour où Silimelle a taillé dans ses boucles et ses mèches encore toutes coagulées du sang épais des arènes.

Kiryelle joue du rasoir. Elle a appris à en abuser très tôt. Déjà quand les autres pensionnaires de l’orphelinat se moquaient de son visage marqué et de son nez tordu, elle savait zébrer leur chair rose d’un revers prestement asséné, ses doigts fins serrés autour d’une moitié de ciseaux. Puis le temps a passé. La voilà à son compte, avec sa chaise qu’elle promène au quatre coins du fief. Et ses rasoirs. Si vous vous installez entre ses bras, le cou tendu et la tête en arrière, elle vous rendra glabre en quelques mouvements d’une grâce et d’une amplitude contrôlée, avant de remiser son tranchoir d’argent dans une des poches de son gilet de cuir. On raconte que parfois elle arrondirait ses semaines en taillant à même la chair. Pour une guilde ou pour une autre. Quelques balafres de plus sont venues s’ajouter à son visage tailladé, sous les grandes mèches qui lui cachent les yeux. Ce que l’on ne dit pas c’est qu’elle économise, et qu’elle entend bien lancer un jour une meute de ligueurs aux trousses des enfants de salaud qui l’ont mise au monde et défigurée avant de l’abandonner nue et grelottante sur les marches d’un des escaliers du quartier de la Bonne Mine.

Des cireurs de chaussures :
« Barnium le gob, cireur de godasse depuis des générations, mon bon monsieur. On a tellement baigné dans le cirage et les lotions étant gosses qu’on en est tous tachetés mes frères et moi, comme des léopards du syharalna. Enfin il parait… vu qu’on n’y est jamais allés. Vous y êtes allé, vous ? Nan ? C’est des jolies bottes, monsieur, ça… Des vraies de vraies de belles. Permettez ? Ah ça, c’est un mélange, comme qui dirait un secret de famille, vous allez voir un peu le brillant et le satiné après. Y a que mes frères et moi qui utilisons ce produit miracle… Mes sœurs ? Nan, j’en ai pas monsieur… Et puis bon, c’est pas votre affaire. »
De sales bruits courent dans les milieux gobelins des Remparts, sur la famille Barnium et ses nombreux garçons. Des filles, non jamais, pourtant c’est pas faute d’enfanter, les pauvres femmes là-bas sont toujours enceintes d’une portée. Mais jamais de gamines, non. Juste ce drôle de mélange secret…

Ezreph Traum est un vétéran. Un dur de dur. Il a combattu les enfants du Despote, et ceux de l’Hérésiarque, et puis les Dévoreurs et leur hypocrite croisade anti-dieux. Jusqu’au jour où il a marché sur un engin explosif, une bombe de son propre camp. Et là adieu guiboles, adieu caserne. Aucun remerciement pour ses années de service, pas de famille pour l’accueillir, juste la misère et la rue qui l’ont pris dans leurs grands bras sales. Depuis, il fait rouler. Dans sa petite carriole de cul de jatte, il a tout ce qu’il faut pour rendre à vos souliers leur éclat. Exilé au ras du sol, personne ne connaît la texture des venelles mieux que lui, les poussières, les pavés ou la boue. Capable de reconnaître quelqu’un rien qu’à ses chaussures, ou bien de défendre ses maigres économies à grand coup de fer dans les tibias, tel est Ezreph, un cigare à peine allumé en bouche et ses yeux clairs perdus en de vagues réminiscences… Il n’y a qu’avec les autres soldats qu’il sort un peu de sa réserve, et qu’il crache ses souvenirs meurtris, ou son dégoût des chefs et des gradés, tous justes bons à envoyer des pauvres gars comme lui au casse-pipe.

Des charrieurs qui attendent les étrangers et se font passer pour des compatriotes. Plus tard ils entraînent leur proie, les saoule, les assassine parfois, pour mieux les dévaliser.
Puis tandis qu’ils s’endorment, de la drogue versée en douce dans leur chope, il rejoint ses complices avec qui il se partage leurs affaires. Demain il aura un autre visage, et parlera avec un autre accent. Demain, ses victimes ne trouveront au lieu de la chambre où ils ont déposé leurs affaires qu’une pièce vide dans un immeuble en vente.
(Une victime peut reconnaître Gors et faire un scandale en pleine rue, voire pire...)

Et enfin j'ai développé le trafic aérien plus que ne le suggère le livre de base :

Des aveugles à fusée
On les aperçoit parfois au coin d’une rue, ou bien sur une place, dans un endroit dégagé, un abord de parc, ou bien un carrefour. Lunettes fumées sur le bec, et une caisse de pétards sur les genoux, tous aveugles, allez savoir pourquoi, ils vendent pour une pièce l’accès aux cieux. Quand un homme leur achète une fusée, le feu de Bengale qui explose au dessus des têtes et des toits ne fait pas ciller leur pupille, mais les passants qui connaissent s’enfuient ou bien s’abritent dans un recoin de porte cochère. Car, après la fusée, arrive le ballon taxi, un de ces dirigeables à vapeur qui sillonnent le ciel de la cité, plus vite qu’un fiacre mais si souvent soumis aux caprices des vents. Dans un grand bruit de rotor, l’engin se pose à même la place, soulevant détritus et papiers gras, envoyant voler robes et chapeaux dans un tourbillon acre de poussière et de vapeur. Les passagers, courbés en deux, se glissent jusque dans le ventre de la bête, et les voilà partis dans un bouquet de fumée, vers les hauteurs de la ville ou bien des fiefs lointains…

mercredi 21 mars 2012

Le Petit Cadwë : FunnyLand - les nuits de l'Antiquaille

Quartier : le Kraken

FunnyLand est un petit quartier du Kraken à la limite de la gare de la Tracteuse.

Tous les mois sur les quais noirs de l’Antiquaille, l’on dresse des mats courts boursouflés de lampions, des carpes de papiers , des dragons et des globes, échappés de Zukhoi, des longs accordéons aux anneaux bicolores et des poulpes ventrus aux huit tentacules de guirlande. Chimères de carton-pâte, toutes enceintes d’un feu moqueur et tressautant qui couve dans leurs flanc, elles éclairent les badauds endimanchés, les marins, pipe au bec, et les gavroches dépenaillés dont la misère crasse a déteint sur les joues. Tout ce monde se presse, se bouscule et se penche au dessus de grandes jarres où dorment des merveilles, enfants cachés du golfe de Syrhinh, des étoiles de mer aux jambes interminables, des lamproies aux long cils, ou ces seiches caméléons, agacées par la foule et qui rivalisent avec les paons et les feux d’artifices, dans une débauche de couleurs courroucées, pathétiques tentatives de faire fuir les curieux sans cesse plus nombreux. Les pêcheurs en manche de chemise et le verbe haut ne sont pas peu fiers de leurs trouvailles, des spécimens étranges pêchés dans leurs filets, du sar réversible, qui ne sait pas tourner en rond dans son bocal et se heurte aux parois, avant de se retourner comme un gant pour faire demi tour, en passant par les poissons-roche, anonymes cailloux qui se révèlent voraces et tout en dents pour peu qu’on leur lâche une proie malchanceuse.

Producteurs et artisans profitant de l’affluence, exposent leurs créations et présentent leurs gourmandises en dégustation, confitures d’anchois, sels d’algues, tielles et arak de poisson, pendeloques de nacre et entrelacement de perles qui iront ruisseler dans les décolletés de ces dames de la ville haute.

ÉVÉNEMENTS

1) un marin a dressé un phoque qui amuse la galerie. Ce dernier poursuit un PJs pour goûter à ce qu'il mange

2) Un illuminé gobelin tombe en adoration devant un poisson au fond d'une jarre. "le poisson-rat!" Il prêche, les gobelins sont crédules et prompts à l'idolâtrie. Procession, débordement fanatique ou intervention de la milice, au Mj de voir

3) Un dresseur orque quelque peu magicien organise un balai de poisson sauteur, bondissants de jarre en jarre. A moins que ce soit des charmeurs d'anguilles...

4) Vomissements en chaînes et maux de ventres. Ordalphabetix le gob aurait il mal lu la date de péremption du chutney de baudroie qu'il a offert ce soir à la dégustation

5) les larves du grand Uluhtc devraient rester dans les grands fonds, avec leur papa...

dimanche 18 mars 2012

Le Petit Cadwë : la Rue des Brasseurs et ses soufflets

Quartier : l'Automate

"Rue des Brasseurs, délires et puanteurs
Alcoolats alchimiques trop longtemps distillés
Dérèglent tes humeurs, avant de t'assommer..."


Ainsi parlait Moitié d'Homme, le poète gouailleur et cul de jatte, fierté littéraire du fief des Remparts, au sujet de cette grande rue de l'Automate, où dans des cuves runiques, ou dans des alambics de verre étrange bien antérieurs au premier Duc, les maîtres brasseurs de Cadwallon raffinent et travaillent des sucs puissants et des nectars secrets qui s'exportent ensuite à travers tout Aarklash. Dans cette artère du Joyau, le port du masque respiratoire était jadis une nécessité, car les vapeurs s'élevant des liqueurs de Désir, distillées à partir des fruits provenant des jardins du même nom, pouvaient vous estourbir un homme en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. A moins qu'elles ne lui troublent les sens en quelques inhalations et ne l'envoient courir à quatre pattes le long des plages.

Dans les rues voisines on avait appris à se prémunir de ces bouffées de démence, on se calfeutrait chez soi quand le vent vous apportait ces effluves, ou bien l'on relevait sur sa bouche et son nez le foulard parfumé que l'on arborait au col. Malgré ces précautions, les enquêteurs opiniâtres de la Rotonaphte déterrèrent entre les années 951 et 952, un nombre record de crimes passionnels et de faits divers sordides dans les alentours de la rue des Brasseurs. Le Duc fut obligé de faire quelque chose, aussi contacta-t-il les ingénieurs du Trait.

Ce fut un conglomérat nain qui remporta l'appel d'offre. Ils installèrent à l'amont de la rue de gigantesques soufflets de forge, actionnés par des vérins à vapeur, des soufflets monuments, avec heure de visite, de la taille d'une maison de ou trois deux étages. Depuis un vent artificiel balaye constamment l'artère, chassant les vapeurs malivoles vers la mer, soulevant dans sa course les capes et les jupons...

dimanche 11 mars 2012

Le Petit Cadwë : Isidore Fang, le cocher

J'étais pourtant certain d'avoir intégré ce personnage au Petit Cadwë, mais je ne l'y retrouve pas.
Mon ambition était de construire toute une galerie de transporteurs car mes joueurs n'ont de cesse d'utiliser divers moyens de transports... Isidore Fang était mon premier texte. Devait suivre Fifi et Riri, deux types en pousse-pousse travaillant de concert et se tirant perpétuellement la bourre, transformant ainsi la moindre course en successions de cascades et d'accidents plus ou moins évités de justesse... Mais place ! Voilà qu'arrive Isidore, un cocher wolfen, en passe devenir une légende.


Isidore Fang écrase sous sa patte fauve la cigarette rugueuse qu'il a fumée jusqu'au filtre. Appuyé nonchalamment contre le bois sombre de son coche, il se passe une griffe entre les crocs, fouille les interstices humides entre ses canines, à la recherche d'un relief de repas. Fils d'Yllia...Je t'en donnerais, moi... Le wolfen se sent infiniment moins de parenté avec cet astre froid qu'avec n'importe lequel des pavés luisants des grandes artères du Joyau. Cette cité est la sienne. Pas un coursier, pas un cocher qui en connaisse mieux les avenues et les ruelles que lui, tous les tours et les détours, jusque dans les royaumes de la Grande Couronne. Certaines routes sont comme des coups d'épingles qui percent jusqu'à la réalité même. Fang les connaît, elles et leurs passeurs. 30 ans qu'il pisse au coin des impasses et qu'il marque son territoire. Pour lui, pas de cartes ou de registres. C'est comme s'il portait les routes dans son sang. Comme s'il suivait ses propres veines. Cadwallon bouillonne en lui, elle enflamme sa truffe, et ses sens, fait frissonner ses poils. C'est une relation intime et exclusive. Fang a bien essayé de se fabriquer une vie, un foyer, mais rien à faire. Impossible de dormir autrement que roulé en boule sur une des banquettes de son carrosse.

Quatre heures sonnent quelque part. Quatre heures... L'heure des contrats les plus bizarres et les plus juteux. Isidore ne court pas après l'argent. C'est juste qu'il a des factures à payer. La pension de sa fille, les réparations du coche, et des fonds pour l'orphelinat des 800, dont il est issu. Il se souvient des surveillantes naines et des nuits à dormir par terre, tandis que les autres enfants plus petits s'entassaient dans des lits encastrés dans le mur, comme des tiroirs. Il aime bien payer. Il n'a pas réussi à intégrer complètement le concept de monnaie, ou peut être ne lui accorde-t-il pas la même importance.

Un crachin glacé commence à lui mouiller le poil. S'il forcit, les pavés de l'avenue Serre Ciel vont devenir une vraie patinoire, et les routes de la hure un bourbier infâme. Fang se souvient de cette fois où des dévoreurs l'on laissé pour mort et ont bouffé son passager. Un petit clerc théologiste, au crâne cerclé d'argent. Il déteste ces sauvages et leur furie aveugle. Depuis, il n'a jamais perdu un client, ni raté une seule course. Pas une depuis 17 ans. Il sait qu'il est en passe de devenir une sorte de légende, qu'il est une pièce unique comme le Crache-Funérailles à double détente qu'il cache sous son fauteuil. Un petit monstre trapu aux articulations bien huilées et bourré jusqu'à la gueule de poudre de contrebande. Il sait tout ça et il s'en fiche, car à demi masqué par la pluie, voilà que s'avancent deux silhouettes. Un homme en ciré, qui lève le bras et l'interpelle, un homme accompagné d'un enfant bizarre qui serre entre ses bras un sac bien trop volumineux pour un gamin de sa taille.

C'est l'heure de se remettre au boulot...



jeudi 8 mars 2012

Le Petit Cadwë : L'Oeil de l'Ombre

Quartier : Les Terrasses

Que feriez vous si vous vous retrouviez croqué et à demi monstrueux, sur toute une série de gravures à travers le Joyau ?

Telle une fée cachée sous son tertre, Ombre, dans son atelier, est un personnage difficile à débusquer. Pour peu que vous la cherchiez depuis les échelles et les passerelles environnantes, sachez qu’un subtil jeu de perspective masque toutes ses fenêtres. Le mur de la propriété des Lambale d’Iquor cache l’œil de bœuf depuis lequel, boudeuse, elle observe le fief, ou bien une des colonnes du parvis des Chasses Grisaille dissimule la lucarne d’où elle espionne, en catimini, Bourghiéron et leurs alentours.
Car Ombre, l’œil perpétuellement glissé entre ses persiennes, et lunette astronomique au poing, ne vit que par procuration. Elle s’est inventée un fiancé dans chaque fief, et en les suivant dans leurs déambulations, c’est un peu comme si elle se promenait avec eux, main dans la main. Souvent, elle lâche sa longue vue, et empoigne son matériel de gravure. Talentueuse, mais torturée, elle fabrique un univers de monstres, créatures à demi animales mais aux traits facilement reconnaissables, célébrités croquées sur le vif, dans ce qu’elle appelle leur « milieu naturel ». Plusieurs fois, elle a saisi, sans le savoir, des comploteurs illustres en plein conciliabule, des voleurs acrobatiques pendant leur périple aérien, ou des agressions qui se voulaient discrètes. Mais comment repérer de telles scènes dans ce chaos graphique qui recouvre tous les murs de la pièce, au milieu d’étranges schémas anatomiques, de grands échassiers chapeautés barbotant dans les canaux de la Marina, d’êtres mythologiques s’entre pénétrant dans les traboules du Jardin Comédien, ou de géants semi mécaniques dévorant leurs enfants, adossés aux réserves sur pilotis des Marécages.
La jeune femme, toujours tachetée d’encres diverses, reçoit peu de visiteurs. Seules ses créations sortent parfois de son antre, quand elle en a un trop plein. Elles s’échouent alors sur les étals des marchands d’arts, ou dans les pages de quelques romans qu’elles illustrent à peine. Qui sait si un de vos Ligueurs n’en est pas un personnage récurrent, un de ses amoureux ou de ses monstres virtuels dont Ombre s’entiche, depuis ses hauteurs, dans cet atelier solitaire dont elle a fait son petit purgatoire…
Elle aurait pourtant de quoi bien vivre sa vie, cette jeune héritière des réglisseries et confiseries Froment, si un accident de ballon n’avait pas brisé son existence, il y a de cela 13 ans. Adolescente ce jour où ses parents trouvèrent la mort, elle reçu un violent choc à la tête, et se réveilla femme, dans un monde transformé par l’apparition des Dévoreurs et le Rituel de l’Aube, un monde qui la traumatise et qu’elle essaye vainement de fuir.

mercredi 29 février 2012

Cadwallon : les Harponneurs de Shay Ulud

Mais qui sont ces gros bras qui débarquent à Flottebaie, un harpon sur l'épaule?

Les Harponneurs de Shay Ulud

On les croise sur les quais du Kraken, ces colosses orques, aux braies rayées d'écarlate, perle à l'oreille et un miroir en sautoir, ou bien ces ogres tatoués d'encres violettes, pipe au bec et portant un veston tout étoilé de surfaces réfléchissantes. Dans leur sillage, l'on chante et l'on festoie car ils ne sont pas avare de leurs ducats. C'est qu'il faut faire vite, vivre toute une vie en quatre jours d'escale, des amours aux raccourci, des querelles éclairs, se créer des familles qui durent ce que dure les haltes.

La vie du harponneur est nomade, comme le sont les grands bancs de Shay Ulud, ces mastodontes tentaculaires, qui glissent à la surface des houles comme de grandes raies encadrées d'un cortège de bras à ventouses. Ce sont de véritable fortunes flottantes, car tout est bon dans le Shay Ulud.
La chair de son corps est un trésor de viande et de graisse. On sale sa chair pale et fondante, on fabrique de l'huile de son lard, pour l'éclairage, la lubrification des machines à vapeur, ou même l'éclairage des familles keltoises.
Les os sont utilisés comme matériau, on taille des peignes dans ses arêtes, des manches de couteau, des boules de billards...
Les fanons de sa bouche sont utilisés grâce à leur résistance et à leur flexibilité pour fabriquer des baleines de parapluie et des corsets. Le cuir rouge brun de leur dos est utilisée pour fabriquer des ceintures. Leurs intestins séchés utilisés pour réaliser des cordages. Les alchimistes se disputent pour plusieurs de ses humeurs, pour fabriquer des onguents ou d'autres remèdes.
L'ambre gris trouvé dans ses entrailles sert à fixer les parfums. Les dames de la Ville Haute lui donnaient aussi des vertus aphrodisiaques. De l'huile extraite de son crâne, on fabrique de rares bougies, que les enchanteurs recherchent âprement. L'on raconte même que les mages de la Chimère auraient armé à leurs frais plusieurs bateaux de chasse.

Mais la bête n'est pas sans danger, et l'on ne compte plus les marins qu'elle a entrainé avec elle par le fond, ou bien les barques broyées sous ses coups. Le plus dangereux serait le regard étrange de ses deux yeux pédonculés. L'on raconte que qui le croise, perd son âme.
Aussi c'est pour se protéger que tous les harponneurs portent un ou plusieurs miroirs, afin de renvoyer son regard au colosse et de se prévenir d'un destin grabataire...

lundi 20 février 2012

Le Petit Cadwë : le Faubourg Rubis et la famille Salisium à Bourghieron

Le Faubourg Rubis est un grand ensemble d’appartements, censé être un des joyaux urbains de l’Avenue du Progrès Partagé. Lors de son inauguration, certaines familles aisées s’y pressaient en visite, entre les portiques en fleurs et les colonnades de marbre.

Aujourd’hui les colonnes gisent brisées sur le sol et la chaussée défoncée se soulève sous des jaillissements végétaux, des gerbes de graminées en corolle, des touffes de feuillages grimpants qui escaladent les piliers dans une étreinte en spirale. Les façades, elles aussi, abritent dans leurs fissures de longues fleurs charnues aux pétales de cire. La vie animale aussi a repris ses droits. Des familles de salamandres occupent les bassins et de grands oiseaux de mer nichent au creux des cheminées.

Pourtant dans ces grandes bâtisses obscures et ces cages d’escaliers flottent encore des parfums de cire et des odeurs de beignets. Squatté ou loué pour pas grand-chose, un logement sur trois est encore occupé. Communautés autonomes et vieillissantes, jeunes débutants dans la vie, tout un microcosme se côtoie et s’entremêle, sous des balcons envahis de draperies végétales, bercé par le va et vient d’araignées dentellières.

La famille Salisium est de ces gens. Logés dans le local technique d’où l’on devait entretenir le petit lac artificiel au centre de la propriété, les gobelins font tourner leur petite entreprise de restauration. Même si leur cuisine n’a rien d’exceptionnel, monter sur leur radeau, et dîner au fil de l’eau, donner la béquée aux ragondins, sur un itinéraire balisé de lampions flottants, a de quoi laisser des souvenirs. Bien sûr, il y a les moustiques, l’embarcation qui tangue, et l’on en repart parfois les pieds ou les fesses mouillées, mais quand on a zigzagué entre les joncs et les échassiers, en charmante compagnie, escorté par une nuée de lucioles, tout cela est vite oublié.

lundi 13 février 2012

Le Petit Cadwë : l'Haruspice

Ce soir, dans les bars musicaux du jardin comédien, nous écoutons l'Haruspice,

un barde décrié venu des terres nécromanes d'Achéron.

Des ses doigts où perce l'os, il va piocher dans un grand chaudron de bronze, pour en faire resurgir les spectres de grands musiciens décédés, qu'il lance vers le plafond dans un rire éraillé.

Les fantômes en sarabande tournoient autour des lustres, et s'en vont organiser des bœufs musicaux tout à fait inattendus.

Esprits frappeurs trop longtemps demeurés sans scène et sans public, leur créativité se déchaîne, et tout devient instrument : les verres à demi vidés qui traînent sur le bar, la vaisselle alignée, les cuivres des casseroles des cuisines. La cheminée se transforme en grand orgue et les cheveux des dames en harpe cristalline.

dimanche 5 février 2012

Le Tofugu

Ce poisson exotique, rayé de jaune vif, originaire des eaux chaudes de Zukoi, s’est mystérieusement acclimaté à celles de Port Kraken. Une rumeur persistante accuse les restaurateurs gobelins d’avoir engagé les services d’un omnimancien scorpion pour modifier ces petits animaux au venin mortel. Comment les cobayes ont fini dans le port et y ont prospéré, tout cela reste un mystère. Peut-être est-ce parce que le tofugu ne développe pas son venin en captivité, mais que les natifs du Rat adorent le déguster en sushi, après qu’il soit passé entre les mains expertes d’un cuisinier diplômé.

La Caducée aux lentilles

Ce petit restaurant ne se distingue ni par son décorum, ni par la qualité de sa cuisine. Mais si vous vous y présentez et que vous n’avez aucun diplôme de médecine, alors sachez que c’est Jeulôme, le patron lui-même qui se fera un plaisir de vous servir. Après un rapide examen médical, il vous prescrira votre menu, car « à la Caducée, on mange selon sa santé ». Si vous n’êtes pas en condition, j’espère que vous aimez les endives braisées…

Le Petit Cadwë

En attendant d'autres posts reprenant des idées que je n'ai pas eu le courage de mettre en forme et qui viendront le compléter, voici le guide que j'ai écrit pour Cadwallon :

Le Petit Cadwë (version intégrale)

A noter que l'index n'est pas complet : je me pose la question de son utilité...

Comme la version intégrale est un peu lourde et qu'un découpage en petits chapitres peut se révéler plus utile, voici des liens pour les divers chapitres du Petit Cadwë :

Introduction, sommaire et index
Le Trophée
La Hure
Soma (sans la Bonne Pioche)
La Bonne Pioche (avec les tables de cuisine et d'alcools)
Le Kraken
Les Remparts
Aux portes de la Ville Haute (une galerie de porteurs d'armes)
La Bibliothèque Emmurée
Les tables de cuisine
Les tables d'alcool


Vous trouverez plein d'informations sur ce jeu créé par le défunt Rackham sur Cadwall Online ou vous pourrez jouer en ligne sur ce forum