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jeudi 10 mai 2012

CADWALLON - Les Minimes : L’Oenotilustre


Ce bar à vin est un des orgueils du quartier des Minimes. Sous un ciel de cristal et de perles, dans un décor tout de pendeloques de verre, au sein d’aquariums étranges, ondulent  des poissons rouges et des crabes aux tailles hors normes. Dans ce décor aux échos sous marins,  démultiplié par des miroirs judicieusement placés, déambulent des serveurs racés, des sommeliers savants et un Maître Queux marqué de plusieurs cercles de la Grande Académie Culinaire de Cadwallon. Ici, certains connaisseurs viennent se délecter de crus rares que la petitesse relative des verres permet de distiller goutte après goutte. Une seule bouteille de Château Ribot peut ici durer des décennies, accompagnée de délicieuses salaisons, de chutney ou de vol au vent.
Dans le petit milieu de l’œnologie, cet établissement est souvent sujet à des violentes controverses. Pensez donc ! Un cru rare qui ne l’est plus ! Des millésimes qu’on peut servir en abondance ! Et la dernière bouteille de Verdegrain 69 que l’on y savoure depuis des lustres ! Et puis l’étrangeté du lieu : cet établissement bouleverse les échelles et chamboule les idées reçues.

dimanche 29 avril 2012

CADWALLON - Les Minimes : les Allumeurs de Lune et la Patrouille aéroportée


« Les Cynwalls ont leurs dragons, on a les nôtres. » Buzard de Clinche, ancien chevalier Strhröm.

Voltigeant sous le plafond « étoilé », parsemé de champignons luminescents, les chauves-souris de la patrouille sont un moyen très rapide de se rendre d’un point à un autre. Aux Minimes, la milice n’attend pas, et l’on prend la sécurité à cœur.
Pourtant il est une journée par semaine où la population doit veiller sur elle-même, tandis que l’obscurité grignote les rues une à une, une journée où toutes les montures et tous les miliciens sont en expédition. Ce jour-là, mettant à profit leur entraînement digne de cosmonautes, les patrouilleurs montent jusqu’à la lune. Chargés de nourriture et de chandelles de rechange, ils vont ravitailler l’Ermite, au fond de son puits de ténèbres, au cœur de l’astre de papier. Personne n’a jamais vu le visage du sélénite, il veille sur le satellite et sa flamme depuis plusieurs années, cloîtré dans une tenue ignifugée. Il n’a pas rejoint le plancher des vaches depuis 5 ans, quand le lampion avait brûlé et qu’il était descendu du ciel, harnaché d’un gadget gobelin nommé parachute, et tout escorté de cendres et d’escarbilles.

dimanche 18 mars 2012

Le Petit Cadwë : la Rue des Brasseurs et ses soufflets

Quartier : l'Automate

"Rue des Brasseurs, délires et puanteurs
Alcoolats alchimiques trop longtemps distillés
Dérèglent tes humeurs, avant de t'assommer..."


Ainsi parlait Moitié d'Homme, le poète gouailleur et cul de jatte, fierté littéraire du fief des Remparts, au sujet de cette grande rue de l'Automate, où dans des cuves runiques, ou dans des alambics de verre étrange bien antérieurs au premier Duc, les maîtres brasseurs de Cadwallon raffinent et travaillent des sucs puissants et des nectars secrets qui s'exportent ensuite à travers tout Aarklash. Dans cette artère du Joyau, le port du masque respiratoire était jadis une nécessité, car les vapeurs s'élevant des liqueurs de Désir, distillées à partir des fruits provenant des jardins du même nom, pouvaient vous estourbir un homme en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. A moins qu'elles ne lui troublent les sens en quelques inhalations et ne l'envoient courir à quatre pattes le long des plages.

Dans les rues voisines on avait appris à se prémunir de ces bouffées de démence, on se calfeutrait chez soi quand le vent vous apportait ces effluves, ou bien l'on relevait sur sa bouche et son nez le foulard parfumé que l'on arborait au col. Malgré ces précautions, les enquêteurs opiniâtres de la Rotonaphte déterrèrent entre les années 951 et 952, un nombre record de crimes passionnels et de faits divers sordides dans les alentours de la rue des Brasseurs. Le Duc fut obligé de faire quelque chose, aussi contacta-t-il les ingénieurs du Trait.

Ce fut un conglomérat nain qui remporta l'appel d'offre. Ils installèrent à l'amont de la rue de gigantesques soufflets de forge, actionnés par des vérins à vapeur, des soufflets monuments, avec heure de visite, de la taille d'une maison de ou trois deux étages. Depuis un vent artificiel balaye constamment l'artère, chassant les vapeurs malivoles vers la mer, soulevant dans sa course les capes et les jupons...

lundi 13 février 2012

Le Petit Cadwë : l'Haruspice

Ce soir, dans les bars musicaux du jardin comédien, nous écoutons l'Haruspice,

un barde décrié venu des terres nécromanes d'Achéron.

Des ses doigts où perce l'os, il va piocher dans un grand chaudron de bronze, pour en faire resurgir les spectres de grands musiciens décédés, qu'il lance vers le plafond dans un rire éraillé.

Les fantômes en sarabande tournoient autour des lustres, et s'en vont organiser des bœufs musicaux tout à fait inattendus.

Esprits frappeurs trop longtemps demeurés sans scène et sans public, leur créativité se déchaîne, et tout devient instrument : les verres à demi vidés qui traînent sur le bar, la vaisselle alignée, les cuivres des casseroles des cuisines. La cheminée se transforme en grand orgue et les cheveux des dames en harpe cristalline.

samedi 11 février 2012

Bear Harbour : idéee d'idées (en vrac et à travailler)

LA RUE DU BOUT

« A Funny Heights tout se termine toujours Rue du Bout »

C’était un de ses longs crépuscules roses qui annoncent le début de l’automne. Nous avions installé deux ou trois tables au fil de cette étrange avenue qui se jette dans le vide sans autre forme de procès, la rue du Bout, sur les sommets de Funny Heights.


Les chasseurs de feux follets

La flottille

Le Porky Lamb

Le marché aux fleurs où les fées nées dans les tulipes se prostituent le soir…

vendredi 10 février 2012

Bear Harbour : les Modrons et le gel de vin

Dans les étages les plus hauts de mon grand bar, vers les sommets enneigés de poussière de mes étagères à bouteilles, je garde une longue caisse d’acier. Dans son sein piqueté de rouille, sommeille une gelée ambrée, le gel de vin des Modrons, une pâte translucide dont j’aime découper de fines lamelles que je dilue dans l’eau, au fond d’une carafe. On en tire un alcool clairet, mais puissant, délicieusement rare, un des derniers vestiges d’une vague d’immigrants maintenant disparus. On se souvient de peu de choses sur ces exilés mécaniques, ces automates déracinés aux longs membres déliés, qui étaient arrivés par la mer, un soir d’été, à bord d’un bateau à roues qui ne pouvait plus que s’échouer. Juste cette obsession de tout ranger dans des boites, ce désir de tout mettre au carré, véritable passion géométrique pour ce peuple de drones tout en angles droits eux aussi. D’ailleurs il suffit que je reverse mon verre dans un contenant carré ou rectangulaire pour qu’il se gélifie à nouveau, défiant les lois de la physique… Où sont-ils donc allés se perdre, le temps et les usines les ont avalés en silence et ils ne sont plus que légendes urbaines, comme cette sale rumeur qui prétend que cette gelée éthylique qui est leur seul vestige serait tout sauf du vin…

dimanche 6 septembre 2009

Bear Harbour : Rotten Smiley

Sur la façade de bois, à la peinture verte écaillée, on pouvait lire un avertissement explicite:"Rotten Smiley, le snack le plus crade de tout Bear Harbour". Ce n'est pas l'épaisse couche de poussière sur les grandes vitres ambrées qui aurait pu démentir cette affirmation, ni les mines des clients, qui sortaient, échevelés et hilares, des taches et des pois plein les revers de leur chemise, ou se curant les dents du bout d'un ongle pensif. En scrutant à travers la buée et la crasse, on pouvait apercevoir, alignés comme de vaillants soldats, les plats proposés par ce bouge. Des montagnes de petits pois d'un vert éclatant, finissaient de dégorger leur colorant chimique sur un plateau de fer, perles sinoplines en cascade, ruisselant sur des minis tourtes à la viande, des pâtés en croûte, des beignets de foie de volaille au madère, ou des croustades de pieds de porcs, petites pâtisseries salées et grasses, à la pâte luisante et gorgées de suc. Les affamés à l'intérieur creusaient à pleine main les flancs de ses monticules émeraude, et se gavaient de viandes et de feuilletés, s'envoyant d'une table à l'autre, de pleines poignées de pois. Les gens du service, soucieux d’arborer un look négligé et grotesque, tout en respectant les règles de l'hygiène, se retrouvaient souvent les premières victimes de ses bombardements potagers. Dommages collatéraux tombés au champ d'honneur de la restauration burlesque, ils prenaient avec une philosophie toute "relative", les brassées de pois reçues en plein visage, ou bien les dérapages pas toujours contrôlés que provoquait toute cette manne légumineuse jonchant le sol. A part la grande Rachel et le rat bis qui s'agrippait à son épaule, le personnel ne s'accrochait très longtemps à ce travail. Sidney le patron prenait tout cela avec philosophie, essayant de trouver encore et toujours un nouveau truc louche pour décorer son rade. Des toiles d'araignées en draperies côtoyant les drapeaux irlandais, aux bestioles en caoutchouc qu'il enfouissait parfois au beau milieu des plats et que certains clients collectionnaient, en passant par le ballet de rongeurs et de cancrelats automatisés qui dansaient au plafond, l'on pouvait se demander ce qui avait donné à ce rouquin l'envie de faire de son snack un endroit pareil, dédié aux cafards en plastique et plongé toujours dans une semi obscurité parfois malodorante."Une enfance dans le placard sous l'escalier, lâchait-il laconique, avant que ses yeux ne se perdent le long des rubans adhésifs antimouche peuplés de bestioles en tissus qui dégoulinaient du plafond...